Crise des prêts étudiants aux Etats-Unis

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Si le coût des études supérieures ne cesse de grimper en France, avec une hausse de près de 50% en moyenne de 2008 à 2016 (1), nous sommes encore loin des tarifs pratiqués aux Etats-Unis. Alors que HEC Paris propose des études à un prix de 45 150 € en 2017, certaines écoles de la Ivy League (2) américaine accueillent des candidats prêts à débourser… 300 000$ ! Pour payer ces sommes, des millions d’étudiants américains ont recours aux emprunts bancaires qui escaladent dangereusement, au gré de tarifs exorbitants.

Aux Etats-Unis, la dette étudiante a dépassé le seuil des 1483 milliards de dollars, soit 283 milliards de dollars de plus par rapport aux sommes de titres à l’origine de la crise des subprimes en 2008. Comment expliquer cette crise et à quoi faut-il s’attendre ?

Le taux de défaillance des emprunteurs pourrait être supérieur à ce qui était prévu

A 1,4 trillions de dollars, la dette étudiante américaine est difficile à appréhender. "Je ne suis pas assez intelligent pour prédire ce qui va se passer par rapport à la crise, mais le jour des comptes viendra ", a indiqué John Grisham, l’auteur à succès qui fait de la crise l'intrigue d'un roman à suspense, en 2016. Les économistes, analystes et autres chercheurs qui ont étudié la question de façon intensive au cours des dernières années, ont gardé un œil sur les chiffres de l'inflation et en sont arrivés à une conclusion relativement pessimiste. Un nouveau rapport du groupe de réflexion Brookings, suggère que le taux de défaillance lié aux prêts étudiants pourrait augmenter beaucoup plus que prévu.

La plupart des recherches sur la dette étudiante américaine portent sur les taux de défaut de paiement dans les 3 à 5 années qui suivent le début du remboursement ; il est de 11,5%. Brookings a utilisé un nouvel ensemble de données pour évaluer les taux de défaillance à plus long terme. En appliquant les tendances des anciennes cohortes aux plus récentes, l'étude du groupe révèle que les taux de défaillance pourraient augmenter jusqu'à 40 % d'ici 2023.

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L’étude s’est intéressée au taux de défaillance relatif aux étudiants ayant effectué leurs études universitaires de 1995 à 2003, les suivant sur la durée, du moment où ils se sont inscrits (en 1995) jusqu’en 2015. L’analyse montre que les taux de défaillance fléchissent à peine dans les 10 années qui suivent l’entrée à l’université. Plus encore, 10 ans après avoir contracté un emprunt, environ 14 % des étudiants entrés à l’université en 1995 étaient en défaut de paiement ; 20 ans après, ce chiffre grimpe à 25%...

Lorsque Brookings s’est intéressé de près au groupe d’étudiants entrés à l’université en 2003, la situation est encore plus préoccupante, avec plus de 25 % de défaillances au bout de 11 ans. Sur la base de ces chiffres, Judith Scott-Clayton, économiste de l’université de Columbia, a conclu que si le groupe de 2003 suit les tendances antérieures, il pourra atteindre un taux de défaillance de 40 % après 20 ans. Ceci s’applique aux dettes les plus importantes ; alors que 52 % des étudiants entrant à l’université en 1995 ont eu recours à un emprunt pour payer leurs études, 60 % des étudiants en ont fait de même en 2003.


Crise de la dette étudiante aux Etats-Unis : à qui la faute ?

L’essor des universités à but lucratif, dont beaucoup ont été accusées publiquement d’être à l’origine de l’endettement des étudiants, est l’une des principales causes du problème actuel. Plus de deux fois plus d’étudiants ont choisi des universités à but lucratif en 2003, que leurs homologues en 1995.

L’autre cause qui explique le problème actuel concerne les frais de scolarité record des universités payantes à travers le pays. Qu’il s’agisse d’universités à but lucratif, publiques ou privées, toutes exigent des frais de scolarité à l’entrée. Aujourd’hui, aux États-Unis, il est tout à fait courant de voir une formation à un diplôme de bachelor (licence) atteindre près de 200 000 $. Par ailleurs, la situation laisse peu de choix aux Américains, forcés de s’endetter pour suivre leurs études.

Pour ceux et celles qui ne sont pas décidées à contracter un prêt étudiant, il existe des moyens de minimiser la dette. Par exemple, le fait d’apporter un soin tout particulier au choix de l’université y contribue. L’économiste Judith Scott-Clayton indique également que le fait d’emprunter un montant plus élevé est un indicateur qu’une personne sera moins susceptible d’être en défaut de paiement que si elle empruntait un faible montant. Les étudiants inscrits en 2003 ayant emprunté moins de 6 125$ se sont avérés plus susceptibles d’être en défaut de paiement que ceux qui avaient emprunté plus de 24 000 $. Un phénomène qui s’explique probablement par le fait que les emprunteurs ayant contracté des prêts bancaires plus importants l’ont fait en raison du prix de l’enseignement dans des établissements plus coûteux, qui ont tendance à offrir un retour sur investissement supérieur, en termes de qualité d’enseignement et de perspectives d’emploi.

 

1 Etude menée par Major-Prépa en 2016 https://major-prepa.com/ecoles/frais-de-scolarite-ecoles-de-commerce-2016-irremediable-hausse/

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